English version here

DEEDEE – Le soldat saoul

L’armée allemande avait une réserve de pétrole dans un terrain à à peine 100 mètres de chez nous. Chars et soldats allemands circulaient constamment sur la route, et notre famille, composée de 4 femmes, était d’autant plus à la portée des regards. Nuit et jour, nous écoutions le bruit de leurs bottes frappant la rue pavée, craignant qu’elles ne s’arrêtent devant notre maison pour nous arrêter ou pour nous envoyer en camp de concentration.

Un soir, un soldat saoul a frappé à notre porte, en rentrant de force. Il nous cria dessus en allemand, incompréhensible pour nous. Maman le supplia de s’en aller en Wallon, notre langue maternelle, mais il ne saisit aucun mot, et resta. Nous nous sommes cachées dans un coin avec mes sœurs, en pleurant. Le soldat a attrapé ma sœur Laura, alors âgée de 17 ans, et la traîna dans les escaliers, sans doute pour la violer dans l’une des chambres à l’étage. Maman se rua hors de la maison comme une folle en direction du camp allemand. Sans s’arrêter pour mettre ses bottes, elle couru dans la neige avec ses sabots en bois. Hystérique, elle réussit à persuader la faction de faire venir le commandant, qui arriva aussitôt. Il la suivit jusqu’à la maison.
Le soldat était toujours en train de se débattre avec Laura dans les escaliers, et le commandant ne tarda pas à rétablir la situation. Il aboya un ordre au soldat, qui malgré son état d’ébriété, compris que son supérieur venait de le rappeler à l’ordre. Il lâcha Laura et descendit les escaliers, pour recevoir ce qui semblait être à nos oreilles une bonne remontée de bretelles. Le commandant poussa le soldat jusqu’à la porte, lui ordonna d’attendre, et nous promis, dans un français compréhensible, que ce genre d’incident ne se reproduira plus, et que le soldat sera puni. Il s’excusa au nom de l’armée allemande, s’inclina, claqua du talon et disparut.

Cette nuit, nous avons pris conscience que tous les allemands n’étaient ni les voyous, ni les brutes musclées qui nous effrayaient jusqu’à présent. Quelques uns, comme le commandant, pouvaient être polis, biens. Malgré cela, après avoir vu Laura se faire brutaliser de la sorte, Maman a du prendre la décision la plus douloureuse de sa vie. Pour éviter que ses filles ne se fassent agresser une nouvelle fois, elle comprit qu’il fallait nous envoyer vivre ailleurs pour que nous puissions rester en sécurité. Cela a été le pire moment de la guerre pour moi.

 

Par Andree Leroi
(Propos recueillis par Tamara Talbott)
Virginie, Etats-Unis, 2010.

 

Andree (Deedee), a écrit d’autres témoignages sur cette terrible période, dont les 3 récits suivants.

Danger from a drunk soldier

Domestic slavery, and the Secret Army

Food at last, and the Liberation Ball


Stories Map Food ELDERS