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L'histoire de Mara

C'était en 1940. Nous avions subi notre premier bombardement et nous vivions dans une école ma mere et nous, ses cinq enfants, car notre maison était en trop grand désordre. Ma mere n'aimait pas que nous soyons la car nous les filles avions de longs cheveux et elle était terrifiée a l'idée que nous attrapions des poux. Il devait y avoir une épidémie a cette époque.

D'une maniere ou d'une autre nous recevions du courrier. Je ne sais pas comment, mais un matin ma mere recut une enveloppe marron portant l'inscription " Au service de Sa Majesté " sur le devant. Elle la regarda, la retourna et hésita plusieurs fois avant de l'ouvrir; elle s'écria plusieurs fois en irlandais : " Jésus Marie Joseph ", pensant probablement qu'il s'agissait de mauvaises nouvelles de mon pere. A cette époque, mon pere était quelque part en France ou en Belgique ou quelque part avec la British Expeditionary force et nous ne savions pas ou il se trouvait.

Nous cinq avons regardé notre mere completement silencieuse. Tous nous demandant ce qui allait se passer. Finalement, elle ouvrit l'enveloppe en la déchirant pour découvrir quelque chose qui l'affligea profondément. Apres s'etre écriée de nombreuses fois " Sainte mere de Dieu " et plusieurs autres incantations irlandaises, elle nous dit de mettre nos manteaux. Sur le chemin, je demandai ou nous allions. " Au bureau de la guerre " répondit-elle, laconiquement.

 

Nous sommes arrivés devant un tres grand immeuble quelquepart a Londres et nous sommes entrés dans un énorme hall dans lequel se trouvait un homme en uniforme militaire assis derriere un bureau. Il nous dirigea vers une tres grande piece avec un autre bureau. Derriere ce bureau était assis un homme portant plus de médailles en or que je n'en avais jamais vu et nous regardant. Ma mere sortit la lettre et quand il en prit connaissance il éclata de rire. Je pensai intérieurement : " c'est étrange que ca n'ait pas fait rire ma mere ". Il décrocha le téléphone et appela d'autres personnes qui, apres avoir lu la lettre, éclaterent aussi de rire. Ne connaissant pas le contenu de la lettre, nous les enfants étions totalement décontenancés par ce comportement. Ma mere, ne loupant jamais une occasion, commenca a raconter son désenchantement avec notre lettre. Nous fumes escortés dans une autre piece somptueuse par une jeune femme en uniforme militaire. Son sourire continuel alors qu'elle traversait les couloirs du Bureau de la Guerre indiquait qu'elle aussi connnaissait le contenu de la lettre.

 

Par la suite on nous fit asseoir dans l'environnement luxurieux d'un salon type d'une grande maison d'état. On nous servit le meilleur thé avec des tonnes de biscuits au chocolat recouverts d'un papier d'argent et de gateaux qui auraient nourri une armée. Nous étions servis par des jeunes filles délicieuses, toutes souriantes et balancant la tete. A ce moment je ne me préoccupais pas de ce qui était dans la lettre, espérant du haut de mes six ans que ceci arrive tous les jours. Ma mere fut appelée ailleurs et nous sommes restés pour finir le thé. Je tenai le bébé qui commencait a s'agiter quand ma mere revint avec un chauffeur en uniforme. J'aidai les plus jeunes a enfiler leurs manteaux et nous avons suivi le chauffeur jusqu'en bas ou nous attendait une limousine.

 

On nous reconduisit à travers Londres pendant que je repensai a cette lettre redoutable. Cependant, nous nous sommes arretés devant une grande maison a Kensington Park Road, pas loin de notre propre maison. Nous sommes descendues de la voiture et sommes entrées dans un grand appartement qui occupait le rez-de-chaussée de la maison. Derriere nous le chauffeur apporta un grand panier de nourriture puis partit, évidemment pour collecter nos affaires a l'école dans laquelle nous étions autrefois cantonnées. Nous n'avons jamais revu ce lieu. Apres avoir exploré les jardins privés du portail desquels on nous avait donné la clé ( plus tard, je laissai tout le monde jouer dedans, ce qui me valut des ennuis serieux). Je pense que c'était avant que toutes les balustrades ne soient réquisitionnés pour l'effort de la guerre. Apres que nous ayons mangé la plupart du contenu du panier de nourriture nous nous sommes installés devant un feu, espérant une soirée sans raid. Nous étions en pyjamas et c'était ce qui nous embarrassait. Nous allions toujours dans l'abri dans cet attirail alors que tous les autres étaient habillés. Nous détestions cela! Mais ma mere était intransigeante a ce propos. Je pris le livre pour lire une histoire aux plus jeunes qui s'endormaient maintenant (je pouvais lire quand j'allais a l'école a trois ans et demi). Apres que les plus jeunes aient été envoyés au lit je nettoyai les tasses de cacao et mon frere ainé Hector et moi-meme nous assimes avec ma mere pour parler de ce jour merveilleux.

 

Je demandai finalement a ma mere: " mais qu'y avait-il dans la lettre au fait ? " Ma mere (qui était trop abasourdie pour la regarder, bien que je ne réalisai pas ceci a l'époque) sourit et dit : " ils m'appelaient a joindre la marine en tant que WREN, et comment le pourrais-je avec 5 enfants a ma charge? " " Oh! " fut tout ce qu'Hector et moi avons dit a l'unisson, n'étant pas assez vieux pour reconnaître les répercussions que cela aurait pu avoir sur nos vies. Des années plus tard, quand nous voyagions en train ou par un autre moyen de transport nous avons reconnu rétrospectivement que quelque chargé que soit le train ou le bus, plusieurs hommes se levaient toujours pour donner a ma mere leur siege, malgré qu'elle soit toujours accompagnée de nous cinq puis nous six en 1943 quand naquit Pauline.

Mara (une photo récente)
11 Décembre 2000



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