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L'histoire de romuald

Le voyage en Sibérie

Photo of Romuald and brother Il y a quelque chose que je n'ai jamais compris: les russes sont venus " libérer les paysans du joug des propriétaires polonais " et pourtant, beaucoup de pauvres paysans furent deportés avec nous en Sibérie. Quelque fois vous pouviez voir des familles entieres, des personnes agées, de jeunes enfants, etc..., arretés et déportés. Dans notre wagon il y avait un grand-pere, agé de 72 ans, et deux de ses petits fils de 5 et 7 ans. Quels crimes ils avaient commis dans leur vie contre l'Union Soviétique est au dela de ma compréhension. Mais c'était un exemple de la " justice soviétique ".

Durant la nuit du 21 au 22 juin 1940 nous avons entendu le train bouger. Nous avons réalisé que c'était l'heure du départ. Soudaint tout devint calme dans le wagon et puis quelqu'un se mit a chanter "Nie rzucim ziemi sk_d nasz r3/4d" (" nous ne renoncerons pas au pays de nos ancetres "). Quelques femmes se mirent a pleurer. Je ne pense pas qu'a ce moment la je réalisais le sérieux de la situation et les conséquences dramatiques de ce moment pour le reste de ma vie. C'était en quelque sorte inconcevable pour moi de quitter la Pologne pour toujours. Je me voyais revenant dans mon pays natal apres de nombreuses années, peut-etre adulte, pour retrouver toutes les choses comme elles étaient quand j'étais enfant. Comme ce que je lisais dans beaucoup de ces livres d'histoire que j'aimais tant. Je m'imaginais tout comme un des personnages de mes livres - un pélerin revenant dans son pays apres de nombreuses années d'absence. D'une maniere ou d'une autre, c'était notre destinée que presque chaque génération doive aller en Sibérie. Mon pere y est allé deux fois: une fois en tant que soldat russe et maintenant en tant qu'exilé ; mon arriere grand pere est mort en Sibérie ; et maintenant c'était mon destin d'etre exilé.

Le train avancait vite et au matin nous avons réalisé que nous étions prets de la frontiere russe d'avant la guerre. Quand nous sommes arrivés a Smolensk nous avons remarqué que la gare avait été bombardée. Ceux qui apportaient la nourriture dans le wagon furent informés par des russes de la localité qu'il y avait des rumeurs selon lesquelles les allemands envahissaient le territoire occupé par les Ruskis. Bien sur, nous étions tres heureux d'entendre ca : enfin nos deux ennemis allaient se battre entre eux - le plus ils se battaient le mieux ce serait. Apres un court arret nous sommes allés plus loin a l'intérieur de la Russie.

Bientot le voyage devint plus ou moins la routine : une fois par jour, dans une station ou au milieu de nulle part, le garde nous laissait sortir pour aller a " la salle de bain ". Une fois par jour, nous nous arretions a une station et on nous donnait a manger, habituellement de la soupe ou du kasha (porridge a l'orge) si nous étions chanceux. Une fois, je crois a Svierdlovsk, la soupe avait des vers si gros et si nombreux qu'il fut décidé de la jeter. Cette nuit la nous sommes allés nous coucher affamés.

Je passai de nombreuses heures a la fenetre a essayer d'apercevoir le paysage. On pouvait voir que ce n'était pas une terre heureuse. Nous passions des villages de petites maisons avec des toits de chaume, les gens allant a leurs taches journalieres semblaient soumis, pas un sourire. Dans les gares le NKVD était toujours présent.

Les nuits j'écoutai le son monotone des roues, pensant que chaque son m'éloignait un peu plus de mon pays. Quelques fois, je ne me souviens pas ou, nous avons remarqué que les gares avaient été bombardées et les rumeurs concernant la guerre entre les allemands et les russes furent confirmées. Il devint apparent que les allemands avaient commencé les combats la nuit de notre départ pour la Pologne. Nous avons commencé notre odyssée le soir et ils ont attaqué le matin du 22 juin 1941. Seulement quelques heures de difference et combien ma vie serait différente. Je ne sais pas ce qui serait le mieux. De ce que j'ai entendu sur la maniere dont les allemands traitaient les polonais, je peux etre reconnaissant aux russes pour la déportation. D'un autre coté, je peux ne pas survivre a la guerre.

Apres 12 jours de voyage nous sommes arrivés a Barnaul - qui se trouve dans la Région d'Altai. C'est une belle région, ressemblant au Vermont ou au New Hampshire. On nous amena dans une des banlieues de Barnaul "Vostochnyi Poselok" ou la Colonie de l'Est. Je n'oublierais jamais la scene quand on nous sortit du train et qu'un groupe de femmes russes vint vers nous et nous demanda si nous voulions quelque chose a manger ou a boire. Elles nous dirent qu'elles avaient été exilées quelque dix ans plus tot dans des conditions similaires. J'appris plus tard qu'etre exilé d'un lieu a un autre faisait partie de la vie normale en Russie. C'était du a la paranoia de Staline et au systeme communiste. On nous a mis dans un grand hall qui était utilisé comme "Krasnyj Ugalok", Coin Rouge en russe. C'étaient des sortes de clubs pour la communité locale qui servaient comme salles de réunion, cinéma, réunions et toute autre utilisation imaginable. Bien sur, toutes les réunions ou autres activités locales devaient etre sanctifiées et approuvée par le chef local du Parti. En Russie soviétique rien, absolument rien ne pouvait etre fait sans l'approbation du Parti.

Nous dormions sur le sol, a coté de nos bagages, sans intimité. Il y avait environ 400 personnes dans cette piece assis sur nos affaires. C'était vraiment une vie en communauté. Je ne me souviens plus maintenant si la nourriture nous était fournie ou si nous devions nous approvisionner par nos propres moyens, mais j'ai de vagues souvenirs de ma mere en train de cuisiner quelque chose sur un feu improvisé a l'extérieur. Les journaux étaient rares et nous ne leur faisions pas confiance. Nous attendions une place ou vivre de facon plus permanente, en tuant le temps par des discussions sans fin sur notre futur, et apres quelques jours le NKVD nous dit que nous allions occuper les dortoirs construits temporairement pendant que les dortoirs permanents, mieux équipés contre les hivers sibériens rigoureux, étaient en construction.

Romuald Lipinski
19 Avril 1998


Romuald a écrit d'autres histoires sur son enfance:

 

Romuald est membre de the MEMORIES Panel of Elders. Vous pouvez cliquer ici pour lui écrire.


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