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L'histoire de romuald

Essayer de manger a sa faim

Photo of Romuald and brother Apres quelques jours le NKVD nous dit que ceux qui travailleraient auraient priorité pour le relogement dans les dortoirs permanents. Mon pere ne fut pas admis a travailler (trop vieux) mais ma mere et moi nous sommes portés volontaires. Je voulais travailler avec mes amis qui tiraient des buches de bois vers la riviere a l'aide de chevaux mais ils ne m'accepterent pas. Le NKVD dit que j'étais trop jeune.

Mon travail était d'amener du mortier au platrier. Quelques fois le platrier, habituellement une femme, criait "Rastvoru" (mortier) alors nous prenions quelques pelles de mortier et nous lui apportions. Ils travaillaient aux dortoirs permanents. Ils étaient constitués d'un long couloir au milieu et comportaient un bloc de chambres de chaque coté. Chaque chambre faisait environ 8 pieds par 12. Il y avait assez de place pour poser deux lits étroits contre chaque mur et une petite table au milieu. Au bout du couloir il y avait une cuisine commune. La construction des dortoirs était tres simple : deux couches de planches de 1 pouce par 6, séparées par de gros clous laissant environ 4 pouces entre, constituaient les surfaces interne et externe des murs; l'espace entre les deux couches de planches de bois était rempli de copeaux de bois qui formaient l'isolation. Les murs étaient platrés a l'intérieur et je ne me souviens plus comment on les finissait a l'extérieur. L'idée générale était assez pratique et efficace, sauf qu'apres un certain temps les copeaux de bois se tassaient en bas et la partie supérieure de la structure n'était pratiquement pas isolée ce qui, en Sibérie, était une tres mauvaise idée. Quoi qu'il en soit, c'était le logement de style soviet.

Nous étions payés pour le travail, mais pas beaucoup (je pense que c'était 180 roubles par mois) et il n'y avait en pratique rien qu'on puisse acheter avec cet argent, il était plus rentable d'aller a la riviere Ob et de pecher. Au moins vous pouviez obtenir quelque chose a manger. Ob, la seconde plus grande riviere de Russie apres la Volga, a cette époque, était une riviere pleine de poissons. Ce n'était pas inhabituel pour moi de ramener 15-20 livres de poisson ou plus. Nous avions du poisson accomodé de toutes les manieres : frit, cuit, seché pour l'hiver prochain etc.

Des qu'on sut que mon pere était médecin, beaucoup de russes ayant plus confiance en un docteur polonais qu'en les leurs demanderent a mon pere de les examiner. Mon pere, en contrepartie des visites médicales, comme il n'était pas licencié pour exercer, ne prenait pas d'argent mais ne refusait pas si on lui offrait quelque chose a manger. D'ou plus de poisson, car les russes avaient a peine autre chose. Mais peu apres nous arriverent beaucoup de Lituaniens, habituellement de riches fermiers (Kulaks en russe) et ils apportaient avec eux de grandes quantités de nourriture. Alors, quand ils appelaient mon pere il ramenait a la maison un morceau de lard ou quelque chose comme ca. C'était précieux. Ma mere le gardait pour l'hiver, que tout le monde craignait. A part les poissons les seules sources de nourriture étaient soit le marché noir soit la salle a manger du Vostochnyi Poselok. Au marché noir on pouvait se procurer des patates que les locaux vendaient. Quelques fois, a Barnau, il était possible de trouver de la viande, mais c'était tres cher.

Nous avions 500 g de pain par jour. Dans des conditions normales ou il y aurait assez d'autres choses a manger, on n'aurait pas faim. En n'ayant que le pain et rien d'autre, 500g n'étaient définitivement pas suffisant. Je me souviens une fois, alors que nous pechions, un garcon russe qui pechait a coté de moi me demanda de prendre soin de son " zakid ". Zakid était une longue ligne garnies de plusieurs hamecons. Une extrémité était attachée a la rive et l'autre a une pierre jetée dans l'eau de l'autre coté de la riviere. Apres quelques 15 minutes vous sortiez le zakid de l'eau et normalement il y avait plusieurs poissons sur les hamecons. Ce garcon disparut donc un moment. Apres une demi-heure il revint et dit: "Bien, je viens d'avoir mes 500 grammes de pain et c'est tout jusqu'à demain ". Pour moi ce simple accident symbolisait la résignation silencieuse du peuple russe a accepter son destin dans cette époque de guerre.

Une fois quelqu'un nous dit qu'a une distance d'environ 15 kms se trouvait un kolkose (une ferme collective) et qu'il y avait de nombreuses patates laissées dans les champs apres que le tracteur ait fini de les déterrer. Armés de pelles et de sacs, un groupe, principalement des jeunes, alla au kolkose. Ce qu'on nous avait dit était vrai: il restait de nombreuses patates sur le sol et nous avions bientôt rempli nos sacs de patates. Alors que nous nous appretions a rentrer, plusieurs hommes a cheval sortirent du kolkose, nous frapperent avec leurs fouets et confisquerent nos patates. Je fus chanceux en cela que je les ai vu venir assez tot pour pouvoir me cacher dans des buissons proches et j'echappai au fouet et a la confiscation des patates, mais les autres furent frappés assez durement. Cela nous rappela de facon amere que nous étions dans le " paradis " soviétique et de temps en temps ils nous rappelaient que leur justice n'était pas celle qui était communément imaginée. Bien qu'il fut évident que ces patates allaient pourrir sur le sol il nous était interdit de les prendre dans le territoire du kolkose qu'importe la raison. Nous pouvions déduire de cela que les gens pourriraient comme ces patates en Union Soviétique.

Romuald Lipinski
19 Avril 1998


Romuald a écrit d'autres histoires sur son enfance:

 

Romuald est membre de the MEMORIES Panel of Elders. Vous pouvez cliquer ici pour lui écrire.


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